mercredi, août 20

[Ce soir...] Le chou rouge (oui, celui-là)



Ah te voilà enfin !... Toi, qui t'étais perdu loin des nappes, des godets, des fourchettes ; toi, qui par lâcheté ou lassitude, t'étais enfermé dans un régime sans graisse ni verbe. 

Je te vois au loin, en provenance des nouilles grises, tu accours, éclopé, amaigri, famélique ! Le désespoir t'a arrimé trop longtemps à la barquette de plastique, au sachet calibré, au fricassage de manchot cocalisé. 

Je te dis « Re-bienvenue », mais freine ! Freine ! La fonte brûlante, ça pardonne pas ! Prends une chaise et mets tes velléités de boyaux en veilleuse.

Voici un chou. Oui du chou en août ! Oh rien de sorcier ; rien qui puisse germer d'une chimie obscure. Un beurre de terroir pour faire sauter les lambeaux du légume et les tranches d'un gros oignon, quelques épices et herbes pour le sublimer dès que ça commence à fondre : muscade, cannelle, thym, poivre, clou de girofle. 

Tu me regardes avec insistance. Oui, j'ouvre un bocal ; et oui, j'en verse deux cuillères... Mêle-toi donc ! Compact, sombre, visqueux... On est loin de la pomme qu'on ajoute en toute routine, parce qu'il faut ajouter une pomme quand on prépare un chou rouge, tout comme il faut mettre un sucre dans la sauce bolognaise... Soit fadaises et fariboles en festival. Oui, de la confiture, oui, de la mûre ; ça pourrait être de la groseille aussi, pour autant que ça soit maison et que ça donne à l'ensemble une onctuosité suave toute particulière. Une botte secrète dans un gant de velours.

Mais je mets fin à ton supplice, toi, que mes métaphores rendent faible, toi, que ma désinvolture énerve, car j'ai bien conscience que mes tendances anachroniques t'harassent (pardonnez la liaison fautive, grossièreté oblige).

Cette marmite, tu la poseras sur le feu, longtemps, très longtemps... Que ta faim se tienne ! Patience est mère de vertu... Et d'une roulade de bœuf à la sauce au vin rouge et aux champignons. Mais ça, c'est une autre histoire.

À vous de goûter !


dimanche, mai 25

[Sortie] La Fleur de Thym



Certains soirs ont tout de l'évasion, de l'exil loin du commun, à mille lieues des humeurs et rumeurs gristounettes. Éloignés, mais pas si lointains ; dépaysés, mais pas déphasés... Certains « hors du temps » font royalement fi du kilométrage. C'est au cœur de l'Ardenne belge que nous fîmes halte un soir, au beau milieu d'un long week-end au vert.

Ici, on joue de poésie, d'audace et de maîtrise, à la fois : un décor mat et rectiligne moderne intègre des lustres de style ancien, ainsi que quelques pièces beaucoup plus locales, à l'image de quelques vrais faux tableaux de chasse vraisemblablement faits de bois laqué blanc. La salle est grande, très grande même, mais il y règne néanmoins cette impression de chaleur véritable, que l'on associerait davantage à des confinements cosy usuels de petits établissements feutrés pour amoureux transis.
 
Le service est à l'image du lieu :  une certaine élégance vient parfaire une décontraction agréable de bon aloi. Un smart sympathique et amène vous invite au bien-être. De commun accord, nous décidâmes en binôme d'opter pour le menu « surprise », lequel allait nous permettre (à ma compagne à la fourchette comme à la ville, comme à moi-même) de découvrir toute la fantaisie créatrice du jeune chef, David Heine.

Huit rounds de délices pour un knock-out orgasmique : deux mises en bouche explosives, trois entrées épatantes, un plat succulent, un dessert désinvoltement prodigieux et des mignardises ubergourmandes. 





Certains événements historiques font date. Or, de ce 2 mai 2014, nous garderons notamment le souvenir d'un tartare de bœuf et de crabe des neiges à couper le souffle, le sifflet et tout le reste ; de même, nous nous rappellerons le succulent ris de veau poêlé tendre et savoureux à souhait, son petit jus corsé à l'estragon, le tout accompagné d'une asperge blanche iconoclastement panée au jambon ganda (une gambette du petit Jésus en culotte de crin, vous dis-je !) ; nous nous remémorerons également avec beaucoup de solennité ce pigeonneau cuit à la perfection (suprême et cuisse), cette guirlande de couleurs constituée de quelques légumes de saison aux teintes savamment conservées ; nous nous souviendrons avec moult salive de ce parcours inédit et protéiforme de douceur acidulée autour de la fraise et de la rhubarbe... 

Le « plus » incontestable de la Fleur de Thym ? Une fractalité bien inspirée : un tout magnifique, constitué d'associations inédites de compositions audacieuses, à partir de produits d'une ahurissante qualité. 

D'une habileté virtuose.

À vous de goûter !



vendredi, avril 18

[Ce soir...] Salade liégeoise et œuf sur le plat




Il est de ces soirées modelées par les circonstances, tellement façonnées par le vécu du jour et son crépuscule qu'une tentation facile et fébrile conduirait d'aucun à la hâte gastronomique, à l'empressement culinaire déplorable qui, à défaut de survoler les papilles, les brûlerait fritu-militari.

Or, il est aussi de ces petits abandons régressifs que l'on peut s'offrir sans douleur, sans péril majeur des organes, digestifs s'entend. La pomme de terre épluchée, découpée prend son temps dans un volume d'eau raisonnable, les haricots verts se hâtent un peu plus dans un bain distinct similaire. La seule pointe d'activité vive de ce laisser-faire n'est pas folichonne pour un sou : une poêle antiadhésive, quelques bons lardons de pays qui ne se liquéfient pas minablement à la cuisson, une échalote, une gousse d'ail, du persil, un trait de vinaigre blanc ; un agrément de bon aloi qui viendra ponctuer le binôme de base une fois celui-ci arrivé à textures idéales : friable pour le tubercule, tendre pour la cosse.

Il est une immixtion consentie et attendue : celle de la pomme de terre farineuse devenue purée qui s'immisce parmi les segments entrecroisés d'un vert vif ; un œuf cru rapidement mêlé à l'ensemble permettra davantage de cohésion gourmande. Les lardons et autres condiments poêlés se trouveront alors emprisonnés tous sucs confondus dans cet enchevêtrement modeste et fondamental.

Enfin, il est un point final, une couronne : un autre œuf, sur le plat celui-ci, que l'on ajoute en bout de course, par-dessus l'ensemble, comme pour asseoir une satisfaction à venir, une délectation qui n'attend plus. 

Et d'un coup de fourchette, on sectionne le solaire culminant, on laisse se répandre le plaisir, et on succombe, sans trop attendre.

À vous de goûter !

samedi, mars 15

[Ce soir...] Crème de haricots de Soissons à l'échalote, burger croustillant de queue de veau



Et au détour d'un rayon, vous découvrez l'inattendu, l'insolite... Par-delà poivrons éculés, carottes surusitées, bettes usées jusqu'à la carde, vous voyez cette petite barquette pas bien redoutable en soi, mais dont le contenu pourrait laisser pantois.

Drôles de choses que ces fèves géantes et rebondies, parfaitement blanches et relativement onéreuses (comptez une dizaine d'euros le kilo, soit cinq euros pour ladite barquette de 500 grammes). Par habitude, le haricot traditionnel vendu sec en déroutera plus d'un de par les longs processus (trempage et cuisson parfois double) nécessaires à l'obtention d'une graine fondante et goûteuse à souhait.

Ici, la taille (tout de même trois à quatre centimètres de hauteur pour une fève) ne devra pas vous effrayer ; vous vous trouvez devant un produit frais, ce qui implique l'inutilité d'un trempage et une cuisson « normale » pour des légumes qui restent néanmoins des durs à cuire (une petite heure à feu moyen ne sera pas du luxe). Par ailleurs, épices et artifices excessifs pourront sagement rester au vestiaire : si vous aimez le goût subtil et réconfortant du haricot blanc classique, il y a de grandes chances pour que vous fondiez à votre tour. Aussi, de l'échalote hachée sautée dans une matière grasse de votre choix sera l'allié discret idéal de la noble légumineuse. Sautés quelques instants avec ce condiment parfumé, les Soissons n'attendront plus que de l'eau et du sel pour commencer à se déployer.

Pendant ce temps, nous aurons pris soin de lancer la préparation d'un bouillon corsé composé d'une carotte coupée en deux, d'un piment d’Espelette coupé en deux également (ne surtout pas ôter les graines qui recèlent tout le potentiel piquant et aromatique du piment), d'une feuille de laurier, d'une branche de thym, d'une branche de romarin, de gros sel et, surtout, de quelques tronçons de queue de veau bien fraîche. 

En grande théorie (et selon la taille des morceaux de queue), la petite bombe aromatique susmentionnée aura brandi toute sa succulence environ un bon quart d'heure avant que les Soissons n'arrivent à juste tendreté. Aucune précipitation ne sera donc de mise pour constituer un « burger » savoureux et inédit qui devrait rendre grâce à son support riche et crémeux, sans toutefois lui faire d'ombre. De nouveau, rien de réellement sino-sorcier : la queue de veau cuite au bouillon se décortique plus ou moins comme un jarret de veau classique de pot-au-feu : on contourne l'os, on ôte l'excès de gras et on réserve les fragments de viande tendre à souhait. 

Grâce à ce mode de cuisson très humide, aucun ajout de liant ne sera nécessaire : dans un emporte-pièce circulaire, il suffira de tasser la viande afin d'apporter une première cohésion à l'ensemble. Ensuite, sans ôter le cercle, il s'agira de cristalliser ce petit monde. Pour cette étape, je vous laisse le choix des armes, mais un caramel maison constitué d'une matière grasse (beurre, mycryo) et de sirop d'érable (comptons 1/3 matière grasse - 2/3 sirop) ajoutera quelques notes de contraste à ce tableau savoureusement débridé. On ajoutera le sirop d'érable à la matière grasse fondue avant de laisser réduire l'ensemble. Seul geste délicat et périlleux de la recette : déposer le burger encore cerclé dans la poêle contenant le caramel chaud sans que la viande ne mette prématurément les voiles...

Au bout du compte, vous devriez obtenir une croute ambrée et brillante à la base du burger ; libre à vous d'exploiter un peu plus ce caramel parfumé en en ajoutant quelques gouttes par-dessus la viande ; au point où nous en sommes, tout est permis.

Quelques coups de mixeur-plongeur plus loin, vous obtenez votre base costaude et addictive, par-dessus laquelle vous n'aurez qu'à déposer le montage tendre et croustillant à la fois. 

Ce plat est un jeu. Ce plat est un délire. Ce plat est un oubli. Oubli des règles. Oubli des codes. Oubli des conventions. Oubli de soi.

Partagez, si vous le pouvez.

À vous de goûter !


samedi, mars 1

[Je tente donc je mange] Bonbons de navet boule d'or au caramel d'agave, fleur de sel et piment d'Espelette




Et tout à coup, par habitude, par conformisme, par fainéantise, par mégarde (par...oxystique), il vous vient l'idée du facile, du confortable, l'idée molle, l'idée de trop. « Qu'importe la saison pour autant que l'on se repaisse ! » Vous vous rassurez... Vos mains à peine moites sur la barre plastifiée du caddy (qui en a vu bien d'autres...) ne trahissent aucune pression, pas l'ombre d'une once infime de nervosité. Et vous plongez, paumes les premières, au cœur de l'étal semi-réfrégiré pour en extraire l'une de ces innombrables barquettes rondes, carrées, rectangulaires ou (hé oui...) triangulaires. Été comme hiver, vous les aurez : rondes, infiniment identiques, trop jolies pour être honnêtes, rouges, jaunes, vertes, noires, peut-être bientôt bleues, si ça vous chante...

Le soir venu, vous sourirez, vous afficherez le regard satisfait et fier de l'hôte qui choie et gâte ses invités : déposées au centre de la table, entre un verre rempli de gressins blanchâtres enturbannés d'une cochonaille suspecte et un bol d'arachides grassouillettes trône votre butin, votre fierté prête à croquer : une petite douzaine de tomates cerises rouge cochenille qui n'attendent qu'à éclater entre deux bataillons de canines insouciantes. Mais vous n'évoquerez pas l'origine espagnole de vos petites vedettes ; vous n'en aborderez même pas les conditions douteuses de mûrissement. Et vous aurez raison : il est des sujets révoltants qu'il vaut parfois mieux éviter.

Or, il y aurait eu une alternative à l'évidence, nichée pas très loin, à deux pas de ces aguichantes artificialités consumérissimes sphériques... Oui, là, entre les carottes et les panais, pas loin des courges ! Chassons un peu ce préjugé qui voudrait que l'on ne consomme racines et tubercules qu'en potée ou en purée. Prenons, par exemple, ces splendides navets boule d'or. Petits, ronds, peu onéreux... Sans compter l'appétissante couleur orangée de leur chair, laquelle n'a rien à envier à celle des simulacres végétaux susmentionnés. 

Une cuisson (surveillée) à la vapeur pendant une dizaine de minutes permettra d'obtenir une tendreté suffisante ainsi qu'une mâche intéressante et peu commune qui fera s'arrêter le dégustateur/gobeur un instant, face à cette nouvelle expérience de bouche. Mais je vous vois venir : non, je ne vous propose pas un énième morne constituant morose d'une fébrile trempette de régime. Voilà l'affaire : un caramel ; un caramel peu ordinaire puisqu'il est constitué à 100 % de sirop d'agave. Il s'agira simplement de faire réduire le doux et visqueux liquide dans une poêle antiadhésive jusqu'à l'obtention d'une belle coloration blonde à brune. Il ne restera plus alors qu'à enrober les navets cuits et à les déposer sur une assiette froide. Quelques secondes plus tard, une pincée de fleur de sel et une autre de piment d'Espelette viendront apporter la touche finale à une mise en bouche fine, saine, fraîche, végétarienne, de saison, goûteuse, relevée, peu chère, originale et colorée... 

En y réfléchissant, il pourrait également très bien s'agir là d'un sympathique accompagnement pour un repas costaud et bien viandard de type carré d'agneau et purée à l'ail/polenta crémeuse. Pour le reste, c'est...

À vous de goûter !


jeudi, février 13

[Sortie] Le Pastissou





Mardi soir, temps de canard, froid de chien. Et on s'écroule sur sa chaise. Repos bien mérité, séant tranquillisé. Ici, on y est à deux : entre frères, par exemple. Lien familial fort chez lien familial fort. Car, coïncidence, on est aussi chez des frères. Des frères de là-bas, bien plus au Sud. Là où les cigales font la causette aux rougets (barbet, pas de Lisle ; mugissent pas dans la même campagne, morbleu)


Ici, donc, on entend Brassens (ambiance !) ou Cabrel, parfois. No dînette, no courbette : l'un des frères en salle, l'autre là-haut, en cuisine ; rien de plus rien de moins. C'est taiseux comme tout, mais on sent que ça peut causer comme rien. La carte est une ode épicurienne : tripoux, magret de canard, ris de veau...


Et puis voilà que nous débarque le gros des troupes, l'artillerie, le petit Jésus en boyau de porc, si vous me passez l'excrétion... Deux cassoles en terre cuite que l'on sert à deux mains. Poum ! Sur la toile cirée à carreaux rouges et blancs ! C'est du lourd, du mémorable en devenir. On y trouve les particules élémentaires d'un bonheur réel, physiologique : haricots blancs tendres cuits dans un jus aromatique et riche, le tout ponctué de quelques joyeusetés porcines croustillantes, tendres, fondantes ; voire d'un morceau de jarret d'agneau qui s'effiloche ou d'un boudin noir landais inédit, si le cœur et les artères vous en disent.


On en ressort vaincu tout sourire, bousillé de bien-être, terrassé de bon sens. On n'a pas succombé à l'industriel, on n'a pas vécu la très haute cuisine, on en a vécu une autre, pile à bonne hauteur. La cuisine qu'il fallait.


[Où ?] : Mons, 14 rue des Fripiers 
[Combien ?] Entre 15 et 25 euros pour un plat qui rassasie (avec possibilités d'entrées et de desserts)
[Pourquoi ?] La saveur, l'authenticité des plats et du lieu, les différents cassoulets emblématiques
[Quand ?] Autant que faire se peut, crénom !


À vous de goûter !

jeudi, février 6

[Ce soir...] Currywurst !




Il y a les madeleines de Proust qu'on subit : la crêpe cassonade quotidienne qui finit par écœurer juste après l'école mais qui nous revient après coup en mémoire avec pas mal de tendresse ; le couscous mal fichu du vendredi soir, tout juste bricolé au sortir de deux boîtes cylindriques enchâssées, desquelles étaient extraites des substances aux odeurs, textures et couleurs toujours pareilles mais qui nous évoquaient la fin de l'école, le début du week-end, une trêve, une routine bien tranquille.

Et puis il y a les autres, celles qu'on bourlingue, celles qui se dénichent par-ci par-là, au gré de pérégrinations plus ou moins lointaines ou d'une simple errance dans une ville étrangère. Dans mon palmarès, à une place bien confortable, figure ce que Monsieur Quidam le bien pensant appellerait communément une « crasse » en raison de la teneur en graisse et en sucre dudit méfait. « Étonnant, étonnant ! », s'écrirait-il tout en se gaussant de mon habituelle apologie rasoir à la nourriture équilibrée, avec laquelle je vous rebats les oreilles, les rétines et tout le reste... 

On dira que c'était une tentation du moment, un féroce appétit de sérotonine, un instant de perdition consenti. Le tout pouvant être multiplié par dix, au moins ; car j'y suis revenu... Currywurst-addict... C'est une dépendance toute germanique dont on ne réchappe pas. Elle peut être bien tapie, dissimulée pendant mois et années, et puis CROC, on replonge...

Or, quel meilleur moyen de lutter contre des démons internes que d'y succomber de temps à autre afin d'expulser le trop plein ? Quelle chance ! Les constituants sont tout ce qu'il a de plus légal et de plus courant. Les contrebandiers avancent à découvert : vitrines visibles et caisses en proue. Carrefour, Delhaize, Colruyt, boucher du coin, marché local... Nul besoin d'un Rewe ou d'un Edeka d'outre-Welkenraedt pour glaner les germes du Saint-Graal : ketchup, moutarde, oignon, vinaigre blanc, jus de pomme, curry, saucisse pur porc... Pas de quoi fouetter la mer à boire.

En cuisine non plus, on ne risque pas l'entorse synaptique : sur l'oignon émincé et sauté dans un peu de matière grasse, on verse un mélange froid constitué de moutarde (1 cuillère à café par saucisse), de ketchup (quelques bons traits), d'une cuillère à soupe de vinaigre et de la même quantité de jus de pomme sur les oignons translucides. Le tout sera chauffé à feu très doux pendant quelques minutes. Dans une poêle bien chaude, il s'agit simplement de faire griller la saucisse à point avant de l'émincer en gros tronçons. La suite, vous l'aurez deviné, est le fruit d'un agencement graphique très précis... On dépose, on badigeonne et - cerise sur le gâteau - on saupoudre de ce mélange d'épices jaunâtre incongrument exotique qui confère à l'ensemble son caractère unique et patrimonial.

Alors, certes, on est bien loin des marchés de Noël aux loupiotes chaleureuses et aux effluves de cannelle et de Schmalz fondu... Aussi, une saucisse dite « de campagne » ne sera jamais une Bratwurst et personne ici ne vous posera la question très pavlovienne « Mit Pommes ? » (« Avec frites ? » pour les germanoprofanes). Il reste cependant un gros avantage dans la tentative plus ou moins vaine de reconstitution du gustatif qui fait date : le choix. Car, à moins de fristouiller pour une tablée sans fin, il est assez peu probable que des raisons budgétaires impératives nous empêchent de débourser quelques cents supplémentaires et d'opter pour un ketchup de qualité (Heinz me semble indétrônable), un jus de pomme régional qui se démarque, un curry sans trop d'additifs et, pourquoi pas, issu du commerce équitable et un oignon cultivé par une ferme locale ?

Néanmoins, je ne vous conseillerais que trop de ne pas exécuter cette recette dans un premier temps afin de vivre l'instant de grâce avant sa réminiscence, selon la logique des choses. Et voilà la quintessence : servie sur une petite barquette en papier déjà tout imbibée de sauce, que l'on pose au creux de la paume faute de place assise ; une seule micro-fourchette en plastique coloré pour picorer laborieusement chaque rondelle de saucisse en tentant bien vainement de ne pas se salir les doigts ou les gants que l'on finit par ôter malgré le vent, la neige et le froid ; on les enlève car on a subitement chaud, on se sent ragaillardi, reconstitué. Réconforté par une futilité mémorable.

À vous de goûter !