samedi, novembre 17

[Chimie & co] Cube de bouillon de poisson dégraissé « Finesse » Knorr



Knorr, j’abhorre ! 

Ne vous méprenez pas, je n'ai rien de particulier contre cette marque ; j'aurais pu tout aussi bien balancer un « Maggie, Maggie et vos idées sont infamies ! »...

Or, pas de bol pour la marque allemande, tentacule parmi les tentacules du géant Unilever ; c'est précisément sur une déclinaison de l'un de ses produits phare que nous allons nous pencher à présent. Ah ! Le bouillon cube ! Allié de toutes les ménagères qui se respectent depuis plus d'un siècle... Depuis sa première commercialisation en 1908, le soi-disant concentré de saveurs est présent partout : télé, radio, magazines, soit dans bien 75 % des publicités et annonces mercantiles à caractère gastronomique, sans compter que de grands chefs se prêtent parfois au jeu (lucratif) de la promotion-spectacle...

Malheureusement, si elle est vue par beaucoup comme une solution miracle permettant un gain de temps considérable, la petite portion concentrée n'est certainement pas née pour flatter cœurs et artères... Je vous laisse juger de vos propres yeux, en vous rappelant qu'il s'agit là d'un produit dit dégraissé.



Alors si, comme moi, vous trouvez absurde d'utiliser un produit dont l'ingrédient principal est censé être le poisson, alors qu'il n'en contient en tout et pour tout que 3,4 % avec un peu d'extrait de homard à la traine, ne jetez plus arêtes, nageoires et autres « déchets » lorsque vous préparez des poissons entiers ; prenez le temps et laissez infuser le tout dans un peu d'eau frémissante avec une carotte, une branche de céleri et ponctuez d'un bel assaisonnement. Ça peut paraître un peu simpliste, mais pour quelques minutes (et encore, j'exagère) et un prix équivalent, voire similaire, vous obtenez un bouillon traditionnel avec près de dix fois moins de sel, sans graisse végétale (= palme), ni maltodextrine (poudre de perlimpinpin récurrente et on ne peut plus chimique que vous retrouverez à coup sûr dans tout autre produit lyophilisé [guettez vos soupes solubles !] ; sans compter qu'un bouillon naturel se congèle très bien.

À vous de... lire !

[Ce soir...] Pita au poulet épicé

Noooooooooon... Ouf... Je vous prends sur le fait in extremis... Vous, qui dans un moment d'égarement regrettable n'auriez eu aucun remord à l'idée d'acheter cet emballage en plastique souple confinant six jolis pains pita parfaitement ronds et prêts à l'emploi... Encore n'aurais-je eu aucun intérêt à m'interposer si les poches en question n'étaient pas pétries de caractéristiques ascorbatiques ni fourbies d'Exxx (remplacez les x par les chiffres de votre choix ; vous tomberez pratiquement juste à tous les coups - il y en a tellement...).

Certes, vous devrez parcourir plusieurs rayons pour réunir farine, levure, sel, huile d'olive (bien qu'il soit très probable que vous possédiez déjà toutes ces denrées), mais n'est-il pas infiniment plus gratifiant de confectionner ces supports de vos propres petites mimines ? 

Et puis quelle facilité !... Un puits de 400 grammes de farine (sans gluten, pour ma part ; j'ai voulu tester la marque Schär qui propose un produit composé de farine de maïs), dans laquelle a été disséminée une cuillère à café de sel fin ;  au milieu, un bon 25 centilitres d'eau tiède dans lequel a été délayé un sachet de levure de boulanger, trois cuillères à soupe d'huile d'olive ; et en avant le pétrissage ! Une fois que c'est homogène et que ça ne colle plus, vous roulez le tout en une belle boule qui reposera à température ambiante pendant deux bonnes heures.


Pendant ce temps, voyons ce que nous pouvons faire pour sublimer ce beau support artisanal... Comme tout bon cuisinier qui se respecte, il y a bien chez vous quelques filets de poulet qui trainent au frais... Hop hop, coupez donc tout ça en petits dés ; apprêtez une marinade sympathique selon votre inspiration (piment doux, thym, romarin, huile d'olive extra-vierge et sel, pour ma part) et plongez-y la viande avec, pourquoi pas, quelques oignons émincés (grossièrement, dans mon cas, car cela ajoute de la substance tout en permettant d'éviter toute surcuisson qui donnerait à l'ensemble un arrière-goût amer trop puissant). Placez l'ensemble au réfrigérateur pendant deux heures également.



Vous avez le support, vous avez la farce... Il vous manque le piment, l'attaque, l'osmose ! Oh, n'ayez crainte, c'est encore plus simple que le reste... Jaune d'œuf, moutarde, huile d'arachide ; vous devinez la mayonnaise traditionnelle... Ajoutez : ciboulette, persil, coriandre, voire menthe, sel, poivre, ainsi que le jus d'un demi-citron...Et vous avez l'essence, le noyau dur du plat !



Un café, quelques dizaines de pages de votre livre du moment, une belle balade dans le froid de novembre... Les idées ne manquent pas pour occuper les deux heures d'attente nécessaires. Dès votre retour, commencez par faire préchauffer votre four sur 230° ; si tout a fonctionné comme prévu, votre pâte a dû doubler de volume : pétrissez-là jusqu'à ce qu'elle retrouve sa taille initiale, puis divisez le pâton en six portions égales pour ensuite aplatir chaque portion au rouleau en un disque fin. Quand le four est à température, glissez-les-y aussitôt ; les pains devraient gonfler rapidement ; poursuivez la cuisson pendant une quinzaine de minutes.

Une fois la cuisson des pains terminée (et réussie, dans le meilleur des cas), il vous suffit de poêler votre viande marinée, de découper très finement les légumes que vous aurez choisi pour accommoder votre farce (laitue, chou rouge...), puis de garnir vos petits pains après les avoir « décapsulés » et ouverts à l'aide d'une bonne paire de ciseaux. Alors : viande, sauce, légumes, sauce / légumes, sauce, viande, légumes, sauce... Votre destin/festin vous appartient !

Et si vous n'avez pas les doigts tout souillés de sauce (j'avoue, elle est addictive...), vous les tendrez vers votre verre empli d'une ronde et puissante Syrah sud-africaine.



À vous de goûter !

dimanche, novembre 11

[Intermezzo] Croûte aux poires au sirop poivre de sichuan-citron, amandes effilées torréfiées et nougatine de sésame

Masochisme suicidaire ? Appelez ça comme vous le voulez... Toujours est-il que pour un empoté de la crème brûlée, un godiche de la ganache, je dois l'avouer : je me suis assez bien éclaté en préparant cette composition.

Bien entendu, le sans-filet n'était pas de mise (suicidaire mais pas cinglé !) : j'ai utilisé ma recette de pâte sablée fétiche (allez, soyons bon seigneur, je vous la donne : 240 grammes de farine, 160 grammes de beurre mou, 80 grammes de sucre ; mélangez sucre et beurre, ajoutez la farine, façonnez une boule, réfrigérez une bonne heure, étalez, cuisez à blanc une demi heure à 180° après l'avoir piquée tout partout avec une fourchette ; dés que c'est un peu coloré, c'est cuit si votre four est luné comme le mien). Quant à la crème pâtissière, la recette que j'utilise étant directement issue d'un site Internet culinaire, je préfère vous laisser rechercher celle qui vous conviendra le mieux (vous avez l'embarra du choix et le choix de l'embarra !) ; in fine, elles sont toutes un peu similaires : du lait, des œufs, du sucre, de la farine, un chouïa de vanille, une cuisson sur feu très doux, ça prend, ça épaissit, ça se dévore !

Fort de ces deux classiques, je me suis vu un peu requinqué d'audace et presque allègre au moment d'entamer la préparation des inconnues du jour : les poires au sirop, la nougatine de sésame et les amandes torréfiées. Si lesdites amandes ne m'ont posé aucun problème particulier (sauf ahurissante distraction - ce dont je peux être victime parfois - faire sauter des fruits secs dans une poêle à feu vif sans toutefois les brûler n'est pas une manœuvre des plus périlleuses, à moins de ne pas avoir de poêle, d'amandes, de source de cuisson, de bras... mais ne nous égarons pas), la simple idée de gâcher de magnifiques poires Doyenné du Comice directement issues d'un verger local m'a glacé sang, salive et aplomb (tout maigre qu'il fut)... 

Assisté de quelques ouvrages de référence et animé d'une circonspection plus que scrupuleusement scientifique, j'en suis donc arrivé au mode opératoire suivant : faire bouillir 500 ml d'eau avec 150 grammes de sucre blanc, un petit zeste de citron et une dizaine de grains de poivre de Sichuan ; éplucher les poires, les couper en deux, en ôter le cœur ; après 15 minutes d'ébullition du sirop, y déposer les demi-poires et les y laisser pendant une petite vingtaine de minutes (moins si les poires sont bien mûres) ; éteindre le feu, verser les poires au sirop (avec le sirop) dans un saladier et les réserver.

Pâte sablée : OK (elle repose et refroidit pendant 30 minutes) ; crème pâtissière : OK (elle est consistante et refroidit, éventuellement au réfrigérateur) ; poires : OK (elles gambergent dans leur sirop et refroidissent doucement) ; amandes effilées torréfiées : OK (une fois colorées, elles ont été immédiatement placées dans un bol afin d'en stopper la cuisson)... 

 Reste la nougatine de sésame ! Si le nom en jette pas mal, il n'y a pas grand-chose à craindre quant à la préparation, laquelle ne m'a pris, en tout et pour tout, que six ou sept minutes. Le point clé de cette recette semble être la vigilance ; s'il vous prend l'envie de réaliser cette garniture, tâchez donc de garder les yeux en face des trous et braqués sur votre poêlon, dans lequel fond une soixantaine de gramme de sucre semoule à feu très doux ; une fois fondu et un peu coloré, ajoutez aussitôt le même poids de graines de sésame torréfiées et une cuillère à café de miel ; lorsque le mélange est homogène, vous étalez très rapidement l'ensemble sur une feuille de papier sulfurisé ; c'est le moment de découper lapins, cœurs, poumons, ornithorynques ou toute autre forme de votre choix tant que le sucre est encore malléable. 

Bon maintenant, je vous laisse faire ; ma présentation est loin d'être arbitraire et absolument inaltérable. Déposez, disposez, alignez... Mangez avec les yeux, les doigts, la bouche et savourez !

À vous de goûter !

mardi, novembre 6

[Ce soir...] Boudin noir parmentier, strate ultrafine de Cox




Allez, allez, ménagères ! Ce soir, on métamorphose vot' boudin-purée-compote ! Promis, on touche pas aux saveurs ! Juré, on égratigne pas le plaisir ! On retravaille, on lisse un peu, on profane pas ! Pardon, vous doutez de ma (bonne) parole ? Voyez plutôt :

Comme vous le fîtes et le faites encore, un bon kilo de Bintje tout juste extrait du substrat du coin : on épluche, on découpe, on cuit à l'eau une bonne demi-heure, un rien de lait, quelques lamelles de beurre, noix de muscade, sel, poivre... Voilà LA purée, parfumée, aérienne, simple et tout ce que vous voulez de positif !...

Une demi-heure... Soit un peu plus qu'une éternité pour préparer la deuxième partie : le boudin, que vous aurez choisi artisanal (veillez à ce que le sang et le gras de porc couvrent le pourcentage le plus important sur l'ensemble des composants ; il en va de votre plaisir !). En un éclair, vous aurez dégainé la cochonnaille de son boyau. Découpée en dés d'un bon centimètre d'arête, la chair cuira en deux temps trois crépitements dans un filet d'huile d'olive où frisotent déjà un ou deux oignons blancs émincés. Deux branches de thym, quelques généreux tours de moulin... Un produit noble n'a besoin de rien de plus !

Enfin, tandis que vos pommes de terre s'attendrissent gentiment, que votre boudin chantonne tranquillement (promis, je mets les adverbes en veilleuse maintenant !...), vous pouvez attaquer l'élément secret, celui qui s'intercale entre les couches, celui qu'on laisse éventuellement deviner à ses convives : la pomme ! Choisissez une pomme savoureuse, pas spécialement à croquer, pas spécialement à cuire (la Cox orange est, de nouveau, un bon compromis). Après l'avoir vidée et épluchée, vous la couperez en fines tranches que vous poêlerez dans une noix de beurre pour les colorer (petite fantaisie : j'ai ajouté quelques grains de poivre sauvage de Madagascar « Voatsiperifery », lequel ajoute une note relevée et un chouïa corsée aux lamelles de pommes ; tout en étant facultative, l'association reste intéressante).

Et après ? Après, c'est comme un parmentier on ne peut plus scolaire : la viande et par-dessus la purée, en n'oubliant toutefois pas de répartir les tranches de pomme entre les deux couches. Un bon quart d'heure dans un four à 200° et vous obtiendrez la succulente croute de purée en surface, pour laquelle même un enfant de chœur se damnerait illico antechristo.

Au côté de ce petit plaisir à étages, une salade de fins lambeaux de pain de sucre (cf. mon article au sujet de ce légume) relevée d'une vinaigrette moutarde-estragon, complétée de quelques noix concassées et ponctuée d'une poignée de haricots blancs créera un contraste de fraîcheur et d'amertume appréciable.

Cochon qui s'en dédit : avec ça nous boirons du Morgon, et sans ergoter !

À vous de goûter !

dimanche, novembre 4

[Ce soir...] Purée de pois cassés et épines de chorizo



Je m'adresse ce soir au flemmard, à l'aficionados du farniente, au fainéant qui a toutefois décidé de ne pas succomber aux archilipidiques cheeseburgers et autres quiches industrielles dont le goût n'est hélas pas souvent proportionnel au nombre (excessif) de calories qu'ils contiennent.

Mon frichti facile du soir n'est pas une morosité lightissime qui vous ferait pleurnicher à peu près autant que votre estomac délaissé. Pas de salade sèche à souhait ni de biscotte esseulée. Je vous annonce... une purée ! Oui, il est vrai qu'à première vue, il s'agit d'un terme qui ne fonctionne pas seul. Soit ! Brisons les habitudes. Rien de tel qu'une révolution de poche, en l’occurrence : une micro-insurrection alimentaire. Que de grands termes pour un casse-dalle que j'annonçais plutôt « sur le pouce ». Je vous l'accorde. Oubliez donc ce qui précède et concentrez-vous sur les quelques lignes suivantes (je ne voudrais pas être responsable d'une luxation de pyjama ni d'une foulure de charentaise !). 

Ladite purée se prépare comme une purée traditionnelle si ce n'est que l'ingrédient principal est le pois cassé. Voilà une belle occasion de (re)découvrir cette légumineuse honteusement délaissée pour je ne sais quelle raison de toute manière non valable. Riches en fibres et en sels minéraux, ces légumes secs sont, avant toute chose, d'une saveur remarquable, bien plus aromatique que l'est celle du même produit conditionné en conserve. Outre les pois cassés, figure une pomme de terre farineuse (préférez la Bintje) de taille moyenne. Après avoir coupé cette dernière en gros dés, vous recouvrez le tout d'eau, vous lancez la cuisson et c'est pratiquement terminé.

Par ailleurs, voici même une petite astuce qui vous assoira définitivement à la table de la Lazy Food (traduisez : le « mangez paisible ») : pour éviter que les amidons ne montent aux nasaux de votre casserole et n'entraine une éruption de liquide noyant becs de gaz et autres plaques vitro, laissez échapper un fin filet d'huile en début de cuisson ; les remous devraient s'en tenir à carreau. En cours de cuisson, surveillez de temps en temps la teneur en eau ; en cas de pénurie, ajoutez-en.

Une fois que pomme de terre et pois cassés cèdent sous la fourchette, il ne devrait en théorie rester que peu de liquide ; dans le cas contraire, égouttez les légumes. À l'aide d'un mixer plongeur, réduisez l'ensemble en une purée fine. Pour l'assaisonnement, voici l'une innombrables possibilités : une cuillère à soupe de Saint-Moret, du sel et du poivre (vous pouvez y aller : les pois cassés ont ce défaut excusable d'être plutôt fades), une pincée de piment d'Espelette... Et pour amuser petits et grands (qui ne sont jamais que des petits qui se voilent la face en gagnant centimètres et principes), pourquoi ne pas égayer les petits bols de purée d'épines de chorizo ? Quelques fines tranches détaillées en fins lambeaux que vous poêlez sur chaque face pendant une minute, et le diable, par sucs pimentés interposés, fait son entrée fracassante dans l'univers doux et efficace du pois cassé.

À vous d'ajouter épines, écailles, poils, ailes, becs, yeux... de votre choix ; et, ma foi...

À vous de goûter !

samedi, novembre 3

[Intermezzo] Crumble pommes-poires façon Carnage




J'avoue que l'intitulé de la préparation peut sembler assez déroutant et peu ragoûtant. Bien que la douceur dont il sera ici question ne contienne ni viande ni haine, il faut rendre au cinéma ce qui est à Polanski. Car il y a référence, que dis-je, inspiration certaine ! La faute à Penelope Longstreet (Jodie Foster), protagoniste principale du dernier long métrage du réalisateur franco-polonais, qui laisse filtrer plusieurs éléments clés lui ayant permis de confectionner son fameux crumble, lequel constitue, bien malgré lui, le noyau dur de l'intrigue...

Mais je n'ambitionne pas de vous gâcher la surprise. D'autant que ce film vaut selon moi la peine d'être vu. Je me concentrerai donc sur l'essentiel. Le crumble fait partie de la famille des desserts ô combien goûteux ne nécessitant toutefois pas la méticulosité impitoyable inhérente à la préparation de pâtisseries fines et autres soufflés. Ainsi, sauf extrême distraction, il s'agit d'un dessert/goûter/en-cas inratable. 

Je me suis donc laissé guider par le jeu d'acteurs, lequel m'a permis de déceler les indices suivants : il s'agit d'un crumble à base de pommes et de poires, le « truc » consiste à couper les morceaux de poires plus gros que les morceaux de pommes car ces derniers cuisent moins rapidement, le « sable » déposé sur les fruits est en partie constitué de mie de pain d'épices.

En pratique, qu'en est-il ? Patience, j'y venais. Si l'on considère une tablée classique de quatre mangeurs normalement constitués, les proportions suivantes semblent convenir : deux pommes (des Cox orange pour ma part), une grosse poire (Doyenné du Comice, of course), 150 grammes de farine, 150 grammes de cassonade blonde, 125 gramme de beurre, une poignée de noix, le jus d'un demi citron, une demi cuillère à café de noix de muscade moulue, une demi cuillère à café de cannelle moulue, quelques gouttes d'essence de vanille. Ne disposant pas de pain d'épices maison et ne voulant pas introduire d'éléments industriels dans ma recette, j'ai tâché d'ajouter à la préparation quelques éléments généralement constitutifs de la bonne brioche d'hiver (cannelle, muscade, noix).

À raison de dix minutes de préparation top chrono : éplucher les pommes et la poire, puis couper les fruits en cubes (si vous m'avez bien suivi : coupez la poire en cubes un peu plus volumineux), déposer les cubes dans un plat à gratin et arroser du jus de citron, ajouter la cannelle, la muscade, les noix grossièrement hachées et la vanille. Dans un saladier, mélanger la farine, la cassonade blonde et le beurre froid coupé en dés. Déposer le sable sur les fruits en hésitant pas à en laisser s'immiscer entre les cubes. Enfourner pendant 30 à 40 minutes dans un four préchauffé à 210°. 

Il ne vous reste plus qu'à le servir à vos amis qui se jetteront sans aucun doute voracement dessus. Pour terminer, un petit conseil : si avez la certitude que certains de vos convives ont vu le film, je vous suggère de n'annoncer la référence qu'au terme de la dégustation, bien qu'il y ait peu de chance que votre crumble ait les mêmes « retombées » que l'original (les personnes connaissant l'histoire me comprendront...).

Servez le crumble accompagné d'une boule de glace vanille, ainsi que d'une bolée de cidre doux ou d'un verre de blanc moelleux (Jurançon, Monbazillac...)


À vous de goûter !

vendredi, novembre 2

[Ce soir...] Risotto butternut, chèvre et romarin

Ah Halloween... Ses déguisements lugubres, ses overdoses de sucreries... Tout cela resterait bien gentillet et sans conséquence si certains célébrants n'étaient pas gagnés par un vice imbécile qui consiste à éviscérer une bien pauvre et rondouillarde cucurbitacée sans défense afin de la muer en une vilaine boubouille pas sympathique... Encore seraient-ils à moitié excusés s'il leur venait la simple idée (en vertu de goûts personnels ou de négligence primaire) de livrer la vive et succulente chair de la victime en pâture à poules ou chèvres aux aguets.

Or, il en est beaucoup chez qui ladite substance n’atterrit ni au sol de la basse-cour, ni au fond d'une marmite en vue de la confection du plus simplissime potage. Magie ? Non... Crime ! Que dis-je ? Meurtre ! Horrible méfait ! Voilà bien l'acte le plus effrayant d'Halloween... À côté de ça, zombies et momies peuvent bien rechausser guenilles et bandelettes...

Bien entendu, il existe des courges dont la chair ne présente aucun intérêt gustatif et qui font dès lors idéalement office de décoration de circonstance. Toutefois, les statistiques (ainsi que de petites enquêtes oculaires officieuses menées par votre serviteur) montrent que le commun des mortels semble ne pas prendre la peine d'opérer ce petit travail distinctif pourtant tout à fait intelligent. Or, ces malfaiteurs savent-ils seulement ce qu'ils gaspillent ? Si tel était le cas, je pense qu'on les entendrait gémir et sangloter à des kilomètres à la ronde jusqu’à ce qu'aphonie s'en suive. Vitamine C, bêtacarotène, vitamines A B C D E, oligo-éléments en veux-tu en voilà... J'arrête là ? Vous ne le ferez plus ? Bien je vous crois.

Pour l'heure, nous allons hélas également sacrifier une belle courge d'hiver, mais ceci pour le plus grand plaisir de nos papilles, rassurez-vous. Ainsi, c'est la courge doubeurre dite « Butternut », un fruit un peu plus discret sur les étals des marchés et moins visé par les horribles décorateurs-amateurs-charcutiers du dernier jour d'octobre, du fait de sa couleur moins vive et de son cruel manque de pustules, que nous cuisinons ce soir.


La recette est bête comme courge, mais elle demande une certaine patience et une vigilance particulière au niveau des cuissons. Le fruit étant doté, comme toute entité physique normalement constituée, de deux moitiés, les quantités suivantes valent pour deux mangeurs. Pour commencer, choisissez donc une courge assez petite afin de pouvoir en servir une demi par personne. Tout d'abord coupez le fruit en deux moitiés égales dans le sens de la longueur. De toutes vos forces (car la chair est assez ferme), creusez la chair en conservant un demi centimètre de bord (la peau de la courge étant trop fine que pour supporter une farce à elle seule) ; réservez la chair. Sur chaque moitié, découpez délicatement une fine bande de peau sur la face convexe (pour garantir la stabilité du support et éviter ainsi les inconforts et/ou catastrophes lors de la dégustation). 

Pour le risotto, commencez par peler, émincer et poêler deux petites échalotes dans un fond d'huile d'olive ; dès qu'elles sont translucides, ajoutez un verre (25 cl) de riz arborio et mélangez le tout. Je suis persuadé que vous avez pensé à sortir une portion de votre bouillon maison du congélateur... Pardon ? Vous n'avez pas de bouillon ? Vous allez oser me dire que vous n'en faites jamais ou que vous ne gardez pas ce précieux nectar ?! Bon, prenez un cube et délayez-le dans un litre d'eau, je ferme et ligature mes paupières à double tour pour cette fois, mais c'est bien parce que c'est vous... Après une minute, vous pouvez ajouter un petit verre de vin blanc sec pour déglacer la poêle ; une autre minute plus tard, vous commencerez à ajouter le bouillon, par petites louches successives, en laissant bien le temps au liquide de pénétrer les grains de riz. 

Un petit quart d'heure et plusieurs louchettes de bouillon ont passé, occupons-nous maintenant de la chair de butternut : dans une petite poêle antiadhésive chaude faites sauter les morceaux de courge préalablement finement émincés dans un peu d'huile d'olive, ajoutez une branche de romarin entière (l'essence parfumera l'ensemble sans que les aiguilles ne gênent à la dégustation) et assaisonnez d'un peu de de fleur de sel. 

Une fois le risotto à point (bien crémeux et presque assoiffé de bouillon), stoppez la cuisson, ajoutez une cuillère à café de romarin séché, une demi cuillère à café de poivre et salez à votre goût (en fonction du sel déjà présent dans votre bouillon à la base) ; ajoutez alors la chair de courge préalablement poêlée. Et après ? Après, c'est un peu comme ça vous chante... Pour ma part, ce fut : câpres, brunoise de Picodon (ce merveilleux petit fromage de chèvre ni trop ferme ni trop crémeux et agréablement parfumé qui fondra doucement sur l'ensemble) et une pincée de piment d'Espelette... Laissez-vous guider par votre inspiration, comme ont l'air de le faire ces maudits trucideurs de citrouilles...

Avec ça, optez, par exemple, pour un Beaumes-de-Venise ; parce que vous le valez bien.

Note : face aux éventuels détracteurs qui me vilipenderaient pour la faible proportion de courge utilisée pour l'assiette représentée sur la photo, je me défendrais, votre honneur, en leur expliquant que, n'ayant pas l'habitude de cuisiner pour moi seul, j'ai eu la main un rien lourde sur le riz, ce qui a légèrement faussé l'équilibre. Si mes mots ne vous suffisent pas, vous n'avez qu'à venir vérifier : un bol bien rempli attend sagement d'être dégusté d'ici une douzaine d'heures.

À vous de goûter !