lundi, juin 4

[Papilles aux aguets] Le pain Beck




À l’heure du repas, estourbi par la mauvaise parole d’un boulanger goguenard, un certain Jean Antoine de Baïf, petit poète à ses heures, déclama : « Qui ne pétrit, bon pain ne mange », emboitant ainsi le pas à un ancien birbe, hirsute comme il faut, nommé ordinairement Moïse, lequel meurtri par dix plaies d’Egypte et alourdi par dix commandements, s’essouffla : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » ; le catalan moyen, quant à lui, n’aura qu’une phrase à la bouche pour entrer dans l’Histoire des dictons et ponctuer les propos des deux susnommés : « Le meilleur pain est celui de la maison »



Mais laissons-là ces pensées qui, quoique véridiques en un sens, se verront confrontées à quelque exception notable ! 

Car, je vous le dis, le pain dont je vais vous parler aujourd’hui n’est pas le pain de chez vous, pétri doctement avec certes amour et huile de coude (quel imposteur serais-je d’en parler sans même y avoir goûté !) ; il ne s’agit pas non plus du pain de tradition, noble, fin, délicat, aussi renversant que son prix (qui avoisinerait presque celui de la viande). Quoi ?! Arrière ! Je vous vois venir ! Pour qui me prenez-vous ?! Auriez-vous cru que je vous parlerais de ces célèbres briques molles sous cellophane, dont l’odeur inexistante, la texture lisse, soyeuse et le capiton tendre, en feraient un excellent oreiller à bon prix ? Vous vous méprenez, mie-zanthropes !

Le produit en question mêle les bons côtés de ces différentes variantes. Si vous ne le connaissez pas encore, sa découverte vous fera peut-être réfléchir à deux fois avant de passer la porte de votre boulangerie habituelle, dont les vitrines et étagères quoi que pimpantes et rutilantes, ne sont, je vous l’assure, pas garantes pour un sou de la fraîcheur ni de la qualité des produits savamment exposés à vos rétines et papilles en alerte. 

Vous l’avez certainement rencontré dans l’un ou l’autre supermarché, enveloppé de son sempiternel sachet blanc (voire brun, dans certains cas), posé indifféremment parmi les pains « frais du jour » (jour non précisé). Le grand « B » du pain Beck ne vous disait jusque-là pas grande chose à vous qui préfériez la croute dorée et farinée de-ci de-là, la forme profilée ou irrégulière « simili-d’antan » d’un croustillant éphémère. Il est grand temps de vous raviser !



Que se cache-t-il donc sous cet emballage « tue-l’appétit » ? Je serai sans détour : farine, eau, levure, goût, fraîcheur (même si pas forcément « frais du jour ») et conservation. Qu’il soit gris, blanc, cuit sur pierre, platine… vous mangerez du naturel (dixit la liste succincte des quelques ingrédients imprimée sur le sachet de chaque pièce). Bien plus puissant et authentique que ses voisins de rayon, le Beck conserve son potentiel gustatif et aromatique pendant plusieurs jours à l’inverse d’autres miches soi-disant naturelles, dont la croute s’amollit dès le lendemain et dont la mie, si elle ne durcit pas un jour ou deux après achat, conserve une tendreté plutôt suspecte (les matières grasses [très] ajoutées et additifs ne sont pas loin).

En bref, voilà un pain « comme chez soi », préparé selon une recette authentique et saine par un atelier de boulangerie de la région montoise (Jurbise). Mie ferme, savoureuse, croûte craquante et parfumée… On trouve difficilement mieux à prix semblable. Il supporte, par ailleurs, parfaitement grille-pain et congélateur. Pour couronner le tout, vous l’obtiendrez à prix très raisonnable par rapport à sa qualité. À titre indicatif, le 800 gr blanc (froment) coûte entre 2 et 2,50 € selon les enseignes. 

Hennuyers, Hennuyères (et autres Belges qui ont beaucoup de chance !), n’attendez plus, foncez au supermarché du coin (Intermarché, Delhaize, Carrefour...), évitez la crasse, le chimique, le surfait, le bio brûle-billet-de-banque… Choisissez Beck si vous aimez le vrai pain.

Face au choix, soyez vigilant(e)s ; le proverbe serbo-croate vous guidera dans votre quête : « Avant de mordre, voit si c’est pain ou pierre »



Petite astuce pour juger de la bonne composition d’un pain : contentez-vous d’en griller une tranche, tout simplement. Si la tranche saute et brille d’un doré magnifique et extrêmement croustillant, plus aucun doute : votre pain contient du gras en excès (et ce n’est peut-être pas tout… la chimie peut se faire plus sournoise que la graisse) Merci à un grand Monsieur de ma connaissance (dont le pain est bien meilleur encore que le Beck) pour l'information

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